SAINT-LOUIS, l’aïeul des rois Bourbon

Louis IX (1214-1270) eut avec son épouse Marguerite de Provence, onze enfants, dont le sixième et dernier fils, Robert (1256-1317), connu sous le nom de Robert de Clermont, était comte de Clermont-en-Beauvaisis (Oise).

C’est en épousant Robert que Béatrice de Bourgogne, dame de Bourbon (fille de Jean de Bourgogne et d’Agnès dame de Bourbon) fit entrer le Bourbonnais dans la famille royale. Leur fils aîné Louis, né en 1279, sera le célèbre Louis 1er duc de Bourbon, comte de Clermont et de la Marche. Le premier duc de Bourbon était donc, par son père, petit-fils de Saint-Louis.

Aussi est-il impossible de ne pas penser au Bourbonnais en visitant l’exposition que la Conciergerie de Paris consacre à Louis IX et à son rayonnement dans le cadre du 800 è anniversaire de sa naissance (jusqu’au 11 janvier 2015).

Sous les magnifiques voûtes de cette salle médiévale, la plus vaste d’Europe (près de 70 m de long) sont en effet présentées 130 oeuvres d’art qui relatent le destin du fils de Louis VIII et de Blanche de Castille (sacré à douze ans, mort de la peste à Tunis à 56 ans) et qui soulignent l’extraordinaire effervescence intellectuelle et artistique de son époque.

La septième croisade (1248-1249) pour laquelle Louis IX s’engage est largement évoquée dans l’exposition. Notamment par les peintures. Le visiteur peut aisément remarquer que la quasi totalité des tableaux datent du milieu du XIX è siècle. Ce n’est guère surprenant quand on sait que, dès 1834, le roi Louis-Philippe, décide que le nouveau musée d’Histoire de la France créé à Versailles (inauguré en 1837) présentera cinq salles dédiées aux Croisades. Il commande donc plus de 150 tableaux relatant les épisodes et personnages des Croisades à divers artistes, et parmi ceux-ci à plusieurs académiciens des Beaux-Arts.

-Eugène Delacroix par exemple, dont on admire dans cette exposition une jolie aquarelle (de 1842) pour l’étude de la bataille de Taillebourg, tableau qui sera exposé à Versailles en 1837. Cette bataille qui eut lieu le 21 juillet 1242 opposa les troupes de Louis IX et de son frère Alphonse de Poitiers à celles de leurs vassaux révoltés, le baron poitevin Hugues X de Lusignan et Henri III d’Angleterre.

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Et parmi d’autres tableaux (notamment de l’académicien Robert-Fleury), on s’arrête longuement devant celui de François Marius Granet (élu à l’Académie en 1830) qui illustre “Saint-Louis délivrant des prisonniers français à Damiette”. Le roi croisé avait en effet versé une forte rançon pour racheter tous les prisonniers francs et, comme l’explique l’historien Jean Richard, membre actuel de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, le souverain avait interdit aux barons de traiter individuellement de leur rançon pour éviter que les pauvres demeurassent prisonniers pendant que les riches se rachèteraient.

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L’exposition permet de prendre conscience de la profonde foi chrétienne du futur Saint Louis qui sera canonisé en 1297, soit 27 ans après sa mort (en 1270, délai fort bref pour une canonisation). Cette foi s’exprime tant par ses comportements personnels (on est ému de voir sa chemise de lin qui porte encore d’infimes traces de sang laissées par la “discipline”) que par les constructions qu’il engage, à commencer par la Sainte Chapelle, achevée en 1248. L’exposition rassemble quelques uns des chefs d’œuvre qui y étaient conservés : livres liturgiques, statuette de la Vierge et l’enfant (grand ivoire sculpté rehaussé de polychromie), vitraux, charte de fondation, etc. Très logiquement d’ailleurs, l’exposition propose de poursuivre la visite par celle de ce haut lieu gothique, écrin de pierre et de verre somptueux édifié pour abriter les saintes reliques du Christ.
Enfin, parmi les oeuvres illustrant la floraison artistique du règne de Saint Louis, on admire en particulier la splendide châsse de Saint Taurin, premier évêque d’Evreux, témoignage de l’art maîtrisé des orfèvres parisiens travaillant pour le roi au XIII e siècle. Elle est l’un des seuls reliquaires monumentaux de l’époque de Louis IX.

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Plusieurs outils d’explication sont bienvenus : une reconstitution en 3 D du palais royal (aujourd’hui palais de Justice), la projection d’enluminures (notamment des Heures de Jeanne II de Navarre) où l’on rencontre Louis enfant apprenant à lire, ainsi qu’un vaste tableau généalogique et de grandes cartes du (modeste) royaume de France à l’époque.

Une exposition qui, certes, ne dit pas tout du roi de France mais souligne le rayonnement de son règne.

Hélène Renard

Informations pratiques :
L’exposition dure jusqu’au 11 janvier 2015. Il est conseillé de la visiter tôt le matin (9 h 30) ou entre 13 h et 14 h afin d’éviter la file d’attente. Gratuit pour les moins de 26 ans.