Rhodes, l’île aux trésors

Une île grecque aux portes de l’Orient

 

© Bernard Gagnon

© Bernard Gagnon

Homère, énumérant dans l’Iliade, le catalogue des vaisseaux de la Guerre de Troie, relève ceux frétés par les principales villes de l’ile de Rhodes, Lindos, Ialysos et Camiros, cette dernière joliment surnommée “la blanche Camire”.
C’est ce site immense, avec une agora, une citadelle et un temple dorique à Apollon, avec des habitations disposées en terrasses ouvertes sur la mer, que découvre le photographe et peintre alsacien Auguste Salzmann (1824-1872) en 1853. Il avait déjà visité plusieurs pays méditerranées riches en ruines antiques, dont l’Egypte où “régnait” alors le plus fameux des égyptologues français, Auguste Mariette, dit Mariette-Pacha (élu à l’Académie des inscriptions et belles-lettres à son retour en France, en 1878). Lorsqu’il arrive à Rhodes, Salzmann, ébloui par les trésors qu’il découvre, s’empresse de dessiner tout ce qu’il admire. Et il envoie à son ami Félix de Saulcy, l’un des fondateurs de l’archéologie biblique, académicien lui aussi (élu à l’Académie des inscriptions et belles-lettres en 1842) une petite plaquette d’or ornée d’une figure féminine. Le motif de cette plaquette servira de modèle à Flaubert lorsqu’il décrira le costume de Salammbô. L’exposition au Louvre montre à la fois la plaquette et la correspondance échangée entre Saulcy et Flaubert.

Mais ce n’est là que l’un des trésors de Rhodes. Si nul ne peut plus aujourd’hui s’extasier devant le célèbre Colosse, l’une des sept merveilles du monde, renversée puis cassée sans doute par un tremblement de terre en l’an -227 av.J.-C., on peut admirer plusieurs chefs d’oeuvre d’une exceptionnelle richesse, en particulier en orfèvrerie, sans nulle autre pareille dans le monde grec.
L’exposition offre en effet des pièces choisies avec soin en provenance notamment des musées de Londres, de Copenhague, et du Louvre également.
Quel pays européen n’a pas effectué de fouilles à Rhodes à la fin du XIX e siècle ou au cours du XX ème ? Les Français, on vient de le dire, mais aussi les Britanniques, les Danois (notamment à Lindos vers 1904), les Italiens (particulièrement à Ialysos dans les années 1920) et, depuis 1947 jusqu’à aujourd’hui, comme il se doit, les Grecs… C’est à qui découvrira en premier lécythes, aryballes, phiales, alabastres, amphores et autres vases, coupes et plats antiques aux noms spécifiques et de tailles fort variées !

Rhodes, l’île aux trésors, fut surtout une île d’échanges, un carrefour entre le Proche Orient et l’Occident, une étape incontournable en Méditerranée, de l’âge du bronze jusqu’à nos jours.

Hélène Renard

Au Louvre, à Paris, jusqu’au 10 février 2015 (fermé le mardi).