paysan-écrivain bourbonnais, soldat de la Grande Guerre

210Emile Guillaumin,
paysan-écrivain bourbonnais, soldat de la Grande Guerre
Editions PUPS (Presses Universitaires Paris Sorbonne, 410 p. 27 €)
par Nadine-Josette Chaline

Le 11 août 1914, Emile Guillaumin, alors âgé de 41 ans, qui avait terminé son service militaire (entre 1894 et 1897) au grade de sergent, est mobilisé.
Ce jour là, il quitte sa ferme près du bourg d’Ygrande dans le canton de Bourbon-l’Archambault, la laissant aux soins de son épouse Marie. Il pressent ou plutôt il sait que la guerre sera longue, bien plus que les naïves illusions ne le font croire.

Le 11 août 1914, il rédige donc une première lettre, annonçant son arrivée à Montluçon. Elle commence par ses mots tout simples : “Eh bien ça y est ! ”

Le 11 novembre 1918, apprenant l’armistice, il écrit : “Ca y est ! Je crois que c’est la meilleure expression pour éviter toute phrase bête, boursouflée ou puérile”.
Il regagnera Ygrande le 1er janvier 1919.

Entre temps, et durant ces quatre années de guerre, le paysan-écrivain Guillaumin se fait soldat. Son régiment d’infanterie est envoyé en Franche Comté puis en Alsace. Il passera toute la guerre dans les Vosges et le Sud de l’Alsace, le Sundgau, un secteur du front peu souvent évoqué et pourtant très meurtrier. Il y assumera les fonctions de vaguemestre et celles de guetteur, dans les tranchées de ce front. “Je fais mon devoir à la guerre, tout en ayant horreur de la guerre” écrira-t-il.

Par une correspondance sans relâche, malgré des conditions difficiles, il continuera d’entretenir des liens avec son épouse, ses cousins, ses voisins, ses amis, ses relations intellectuelles, expédiant parfois plusieurs lettres par jour.

Cet ensemble de lettres est aujourd’hui publié grâce à Nadine-Josette Chaline aux PUPS (Presses Universitaires Paris-Sorbonne).
A l’intérêt évident du précieux témoignage de Guillaumin sur sa vie quotidienne de soldat, on peut en ajouter un autre : les notes, concises et nombreuses, qui éclairent les propos de l’épistolier, rédigées grâce au travail de Nadine-Josette Chaline. Les lieux parcourus, les personnes évoquées, les circonstances et les événements nationaux et internationaux, toutes les référence sont données, tout est précisé de façon à faciliter la lecture et la compréhension de ces lettres.

Ajoutons que plusieurs documents iconographiques, cartes postales ou documents “publicitaires” rendent cet ouvrage encore plus intéressant.

Hélène Renard.

NADINE-JOSETTE CHALINE

Historienne, spécialiste d’histoire religieuse contemporaine et de la guerre de 14-18, elle est professeur des universités. Elle a enseigné à l’université de Rouen comme maître de conférences avant de devenir professeur à Amiens à l’université de Picardie Jules Verne, où elle a été doyen de la Faculté d’Histoire-Géographie pendant dix ans et responsable du Centre d’Histoire des sociétés.
Elle a présidé, entre 1993 et 1996, l’Association française d’histoire religieuse contemporaine dont l’objectif est de « favoriser les progrès de la recherche et de la diffusion de ses résultats, d’établir à cette fin une collaboration avec les chercheurs d’autres disciplines ».

Parmi ses ouvrages publiés, deux sont relatifs à l’Allier :
– “Les Gardiens de la mémoire, les Monuments aux morts de la Grande Guerre dans le département de l’Allier“.
-” Emile Guillaumin, paysan-écrivain bourbonnais, soldat de la Grande Guerre” (éditions Presses Universitaires Paris Sorbonne, avec des photographies de Jean-Pierre Boursat, responsable du Musée d’Ygrande), consacré aux lettres qu’Emile Guillaumin adressait quotidiennement à son épouse.
Elle est également l’auteur de plusieurs ouvrages importants, notamment Des catholiques normands sous la IIIe République.
Sous sa direction, ont été publiés une Histoire des Diocèses de France, Rouen Le Havre ainsi que Chrétiens dans la Première guerre mondiale, avec la Société d’Histoire religieuse, Actes des Journées tenues à Amiens et à Péronne les 16 mai et 22 juillet 1992 (éditions du Cerf)