« Mali, Ô Mali »
par Erik Orsenna, de l’Académie Française

Mali Ô Mali

Ed. Stock
404 pages
21,50 euros

Madame Bâ est de retour, Madame Bâ est revenue. Pour notre grand plaisir, dans ce 32ème livre d’Erik Orsenna, qui nous emmène au Mali, au moment de l’intervention de l’armée française en 2013, sur les pas de son héroïne, Madame Marguerite Bâ, institutrice à la retraite, dont il nous a conté dans « Madame Bâ », en 2003, l’installation en banlieue parisienne. Un visa lui fut accordé par le Président de la République, Jacques Chirac, qui s’est adressé à elle dans une longue lettre portée par motard au domicile de l’académicien !

Madame Bâ n’est pas une femme ordinaire. C’est une femme de caractère, une « Grande Royale », une Jeanne d’Arc africaine qui entend des voix lui ordonnant de sauver son pays, le Mali, en proie aux djihadistes et aux bandits. Avec courage et détermination, cette vieille dame intrépide et sagace entreprend, avec son petit-fils Michel rebaptisé Ismaël, ancien footballeur devenu griot, un périlleux voyage de Bamako à Niamey, Dakar et Tombouctou, en remontant le fleuve Niger vers le Nord-Mali insurgé.

Ismaël relate cette épopée et nous fait découvrir la tragédie du peuple malien plongé dans l’impuissance et le chaos, sa noblesse et sa vaillance, la richesse de sa culture et de ses traditions. Il décrit les combats qu’entreprend Madame Bâ contre le fanatisme religieux et l’obscurantisme, mais aussi contre les racines du mal que sont l’ignorance, la surnatalité, le chômage, la corruption, les trafics en tous genres. Madame Bâ se dépense sans compter pour ouvrir des écoles, enseigner aux femmes la contraception, tout en renseignant l’armée française sur l’offensive des rebelles. Au cours de sa croisade, elle rencontre des femmes réfugiées dans un camp, rend visite au Président déchu, Amadou Toumani Touré, remonte en bateau le fleuve Niger, rejoint l’armée française à Tombouctou. Autant d’épisodes truculents racontés avec drôlerie et fantaisie.

Lisez ce conte picaresque qui est aussi une leçon de géopolitique. Découvrez cette Afrique si déchirée et si fragile. Elle sera (peut-être) sauvée par les femmes, les mères et grands-mères Courage, comme Madame Bâ qui nous livre en conclusion de ce récit ce message d’espoir :

« Mali, Ô Mali, ne baisse pas les armes.
L’Histoire n’est pas encore dite.
… Tu ne sera jamais déçu par l’espérance ».

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Un message déjà reçu par le département de l’Allier qui a lancé il y a 25 ans la première coopération décentralisée avec l’Afrique initiée par un Conseil général. Ce que rappelle l’ouvrage de Jean Cluzel, de l’Institut, « Solidarité Europe – Afrique », à propos de la coopération Bourbonnais-Mali (publié par les Editions Economica).

Myriam Lemaire