Les animaux sauvages : les préférez-vous en sculpture ou en zoo ?

En ce moment de vacances de Toussaint, on voit une surprenante publicité pour le Parc Zoologique de Paris : elle offre la photographie d’un véritable animal sauvage vivant en compagnie du même animal mais en oeuvre sculptée. Ainsi voit-on un singe sur le dos d’une gargouille simiesque de Notre-Dame de Paris, ou bien un lien couché aux pieds du fameux Lion de Denfert d’Auguste Bartholdi… Voilà une manière originale de rapprocher la bête et l’artiste !

Après 6 ans de fermeture et une rénovation complète, le Parc Zoologique de Paris a en effet rouvert ses portes en avril 2014. Depuis sa création en 1934, il s’est transformé de façon radicale et a bénéficié d’une refonte totale. Réparti sur 14,5 hectares, il propose un circuit conçu comme une longue déambulation (4 km) dans un milieu naturel “reconstitué” avec un millier d’animaux. On retrouve des espèces emblématiques (girafes et lions), des espèces moins connues (gloutons, lamantins, tamanoirs, tapirs) et des espèces menacées impliquées dans des programmes d’élevage européens ou des programmes internationaux de conservation (loutre d’Europe, manchots de Humboldt…).

Mais pourquoi évoquer ce lieu dans une chronique généralement consacrée à l’art ou à la littérature ? Parce que l’art animalier mérite d’être célébré au sein de l’art français en évoquant, parmi les sculpteurs animaliers restés célèbres, deux membres de l’Académie des beaux-arts : Antoine-Louis Barye (élu en 1868) et Emmanuel Frémiet (élu en 1892)

Antoine-Louis Barye (1795-1875) est l’un des sculpteurs animaliers les plus renommés. Lors du Salon de 1831, son oeuvre “Tigre dévorant un gavial” (sorte de crocodile du Gange), fait sensation (actuellement au Louvre). Il rejoint bientôt les peintres de Barbizon et aime à replacer ses sculptures dans un décor naturel sauvage. Découvrant son oeuvre Le Lion écrasant le Serpent, on a voulu voir une allégorie de la Monarchie de Juillet (mois dont le signe astrologique est le lion) écrasant la sédition. Alfred de Musset (de l’Académie française) se serait exclamé : « Le lion en bronze de M. Barye est effrayant comme la nature. Quelle vigueur et quelle vérité ! Ce lion rugit, ce serpent siffle…” Mais on peut aussi penser que l’artiste aimait le tigre pour lui-même car il en a sculpté un grand nombre dans des postures diverses. On peut admirer au Louvre à la Porte des Lions du Pavillon de Flore ses deux lions assis. Si l’on visite l’admirable Musée Bonnat (autre académicien des beaux-arts !) à Bayonne, on admirera son “Tigre dévorant un jeune cerf” qui fut présenté au Salon de 1835. Barye devait également éprouver de l’affection pour les loups car de nombreuses oeuvres enrichissent aujourd’hui de grands musées tels le Louvre, Orsay, Bordeaux pour n’en citer que quelques uns ! Et sans doute pas moins de fascination pour d’autres animaux imposants, le taureau, l’éléphant, l’antilope, le jaguar, la girafe… Signalons aussi que ce sculpteur ne refusait pas de se mettre à la peinture puisque plusieurs de ses toiles représentent tous ces animaux sauvages.

Tigre dévorant un gavial  (Louvre)

Tigre dévorant un gavial (Louvre)

Cheval surpris par un tigre (Louvre)

Cheval surpris par un tigre (Louvre)

Lion assis (Rueil Malmaison )

Lion assis (Rueil Malmaison )

Emmanuel Frémiet, successeur à l’Académie des beaux arts d’Antoine Barye, même s’il excelle aussi à produire des statues équestres (Jeanne d’Arc et Louis d’Orléans notamment), reste célèbre par ses oeuvres animalières qui ne sont pas moins sauvages. On n’en veut pour preuve que son célèbre “Gorille enlevant une femme” (qui fut d’abord rejeté en 1859). Ou sa facination pour les orangs-outangs qu’il a représentés au moins dans deux oeuvres : “Chasseur attaqué par des orangs-outangs” (aujourd’hui ) et L’Orang-outang étranglant un sauvage de Bornéo, de 1895, une commande du Muséum national d’histoire naturelle de Paris. Son “Jeune éléphant pris au piège” présenté à l’Exposition universelle de 1878 est désormais admiré par les milliers de visiteurs du Musée d’Orsay à Paris tandis que son “Dénicheur d’oursons” fait le bonheur des enfants jouant au Jardin des Plantes. Il semble que l’Empereur Napoléon III ait particulièrement apprécié le talent d’Emmanuel Frémiet puisqu’il lui a confié le soin de représenter, et d’immortaliser, ses chers bassets ! Les chats, les chiens, les chevaux comptent aussi parmi ses sujets favoris.

Chien limier assis (Senlis)

Chien limier assis (Senlis)

Gorille tenant par les cheveux un guerrier (Orsay)

Gorille tenant par les cheveux un guerrier (Orsay)

Souhaitons donc que les enfants, profitant de leurs nombreuses vacances, aient le plaisir de découvrir autant les animaux que les artistes que en ont fait des chefs d’oeuvre !

Et rappelons qu’en Allier, à Dompierre-sur-Besbre, le parc LE PAL offre aussi aux chères têtes blondes l’occasion de rencontrer animaux et attractions…

Hélène Renard