Haïm Korsia, Grand Rabbin de France, élu à l’Académie des sciences morales et politiques, le lundi 15 décembre 2014.

© Claude TRUONG-NGOC

© Claude TRUONG-NGOC

 
Chers Amis,
 
Permettez-moi de prendre la suite, de mon illustre confrère, en 1795, Antoine Destutt de Tracy qui fut Membre de l’Académie des Sciences Morales et Politiques, qui fut Sénateur et Premier Président élu du Conseil Général de l’Allier. Mon rôle sur l’antenne de RCF, est en ce jour, de noter une fois de plus les liens existant entre notre Bourbonnais et cette Académie.
 
Permettez-moi de faire référence à la candidature de Monsieur Haïm KORSIA, Grand Rabbin de France, élu lundi dernier à l’Académie des Sciences Morales et Politiques.
 
Monsieur le Grand Rabbin est issu d’une famille Séfarade venue d’Algérie à l’âge de 15 ans ; il entre au séminaire Israélite de France avant son baccalauréat ; à l’âge de 17 ans il assume les fonctions de Rabbin pour les fêtes de la Synagogue au Mans. Titulaire d’un diplôme à Reims, où il a présenté un Mémoire traitant de la conception d’une stratégie de développement pour le Rabbinat français ; suivi d’un doctorat en histoire contemporaine consacré à la vie du Grand Rabbin Kaplan, pour lequel il souligne l’attachement de cette figure tutélaire du Judaïsme français tendant à concilier deux espérances, celle de la Bible et celle de la République.
 
Depuis le 29 octobre 2006, Haïm Korsia participe sur Direct8 à une émission de débats intitulée « Les enfants d’Abraham » aux côtés du Père Alain de La Morandais et de l’anthropologue Malek Chebel.
 
En qualité de Rabbin des Armées, il participe le 3 juin 2009 à une cérémonie œcuménique à Notre-Dame de Paris.
 
Haïm Korsia est père de 5 enfants.
 
Elu Grand Rabbin de France en juin 2014, il était donc candidat à l’Académie lundi dernier. Pourquoi, en qualité de Membre de cette Académie, ai-je pris position en appelant mes confrères à voter en sa faveur ?
 
Chers Amis de RCF, parce qu’en qualité de représentant de la Communauté Israélite il en avait, avant tout autre, le droit. Quant à nous, nous avions le devoir de l’accueillir au sein de cette Académie où il va retrouver le Pape Emérite Benoit XVI élu lorsqu’il était Cardinal Ratzinger, où il va retrouver le Cardinal Etchegaray, où il va retrouver Jean Tirole, nouveau nobélisé et tant de représentants de différents groupes de pensées en notre pays.
 
Et puis parce que, Bourbonnais, j’avais le devoir de faire écho à une lettre datée de Cusset le 31 juillet 1941 émanant du Rabbin Jacob Kaplan, dont je viens d’évoquer le nom et qui représentait alors la Communauté Israélite de France auprès du Gouvernement de l’époque.
 
Jacob Kaplan écrivit donc à M. Xavier Vallat, alors Commissaire aux Affaires Juives en raison de la décision prise du recensement des Juifs en France.
 
Pourquoi étais-je à Vichy en 1941 ? Tout simplement parce que notre département était coupé en deux ; Moulins en zone occupée ; Vichy et Montluçon en zone libre. Mes parents habitant Bransat, je terminais mes études secondaires à Cusset puis à Vichy au Lycée Blaise Pascal.
 
Je vais vous lire le début de cette lettre. Elle est datée de Cusset, 31 juillet 1941. Je répète Cusset, 31 juillet 1941.
 
« Monsieur le Commissaire général, (c’est le Grand Rabbin Kaplan qui écrit)
J’ai l’honneur de vous informer que j’ai adressé ce jour à la mairie de Cusset (Allier), conformément à la loi, ma déclaration de juif ainsi que celle des membres de ma famille.
Appartenir au judaïsme étant pour moi un grand honneur, j’ai été heureux de cette occasion d’en faire la déclaration officielle. Je ne puis ignorer cependant que ce n’est pas pour les honorer que vous obligez les juifs, sous peine de sanctions très graves, à répondre à votre questionnaire, mais que c’est pour leur appliquer des mesures d’exception d’où il ressort que c’est une tare d’être juif. »
 
A cette époque, nous étions condamnés à supporter une aussi injuste décision. Comme Bourbonnais et pour notre honneur, j’ai voulu, lundi dernier, tenter de payer une dette qui, pour ne pas nous être personnelle n’en n’était pas moins collective : c’est ainsi que, grâce à mes Confrères, le Grand Rabbin de France est devenu membre de l’Académie des Sciences Morales et Politiques où il a remplacé le Grand Rabbin Jacob Kaplan.
Merci Chers Amis. Ne l’oublions pas. N’oublions pas nos devoirs !
 
Jean CLUZEL